Souvenirs, souvenirs d’un Ouest qui était (presque) vrai !
Ou bien … Il était une fois la Vallée des Peaux
Rouges… !
Par Jacques Hantonne
Pour commencer, je parodierai avec déférence le titre d’un de mes livres de
chevet : « de Mémoire Indienne » de Tahca Ushte et Richard Erdoes, en intitulant ces quelques pages
« de mémoire de cow-boy ! ».
Et ce livre qui n’est jamais loin, m’a appris à ne pas mentir. En l’occurrence, commencer mon récit par dire : la vérité ! Car en ce qui concerne ce qui va suivre tout est authentique (je m’y engage) mais le tout début a commencé (en ce qui concerne notre arrivée à la Vallée en 67) par une imposture.
1967 : Les grises journées d’hiver se terminent. Assistant photographe de mode, il m’arrive de faire des « Books » de présentation pour des copains comédiens.
Un de ceux-ci, Jean-Pierre Renault m’explique qu’il y a un parc d’attraction qui a ouvert l’année passée et qui ouvre à nouveau ses portes. Pendant le voyage, sur l’autoroute du nord, il m’explique ce qu’il veut. Il est vrai qu’avec sa gueule à la Steve Mac Queen, un décor western serait l’idéal ! Arrivés, le décor m’explose au visage, une vraie ville de cow-boys, comme dans les films, même si les acteurs des petites scènes sont le plombier, le menuisier, car tous arrêtent leurs occupations toutes les heures, pour faire un show… !
Plus loin, un village indien avec de vrais tepees, et puis un fort. Au pied de ce dernier on commence la séance de pose, quand un énergumène très en colère (Guy) arrive en jeep et nous demande d’arrêter immédiatement la séance, puisque nous travaillons sans autorisation. La discussion ne se passe pas au mieux, à tel point que pour ne pas que l’entretien s’envenime plus, nous acceptons d’aller voir le directeur.
Une fois dans le bureau, nous nous retrouvons face à un directeur de Parc d’attraction à l’américaine, pas la caricature qu’en fera Bernard Blier (avec quel talent) quelques mois plus tard dans « le fou du labo 4 ») mais un vrai personnage de roman… Philippe Cart-Tanneur, l’un des deux créateurs, Robert Motura est déjà parti vers de nouvelles aventures. L’entretien, fort courtois, ne dépasse pas les 40 minutes, mais se termine par notre engagement comme « cascadeurs »… ! Et si Jean-Pierre et moi faisons bien du cheval dans le premier ranch qu’il y ait eu en France à Auvers-sur-Oise, et que parfois le dimanche il nous arrive de faire de petites attractions western (et nous aurons l’occasion de nous en apercevoir plus tard), nous ne sommes pas (encore) « des cascadeurs ». C’était un jeudi, impossible d’oublier, parce que pendant les deux jours du week-end suivant, course à l’habillement (bottes, chapeaux, ceinturons, chemises), à l’armement, mon premier colt était un navy calibre 36, encore heureux que l’on trouve de tout aux Puces, car nous étions engagés pour le lundi suivant…
Désolé d’avoir menti, mais je crois que pris par une envie soudaine de faire le cow-boy, ne serait-ce qu’une saison, on a tout laissé tomber, Jean-Pierre son petit boulot de machiniste dans un théâtre et moi mes appareils !
Et dès le lundi nous sommes arrivés. Quelques moues dubitatives de ceux qui étaient l’année passée, les pionniers, qui voulaient voir « les vrais » cascadeurs. Surtout que notre équipe se composait d’un machiniste, qui avant-guerre (celle de 40 quand même) avait marché sur un rebord de toit (au 1er étage) et qui pensait honnêtement être un vrai cascadeur, d’un comédien (en devenir), de mon pote J.P. et de votre conteur (ayant fait mon service, 3 ans dans les pompiers de Paris, j’étais quand même un brin sportif). Dès le départ pour les premières attractions il a fallu sous les coups de feu, lors des duels qui se faisaient sur le plateau, se jeter (pour de bon et sans protects) (et comme on l’avait vu faire dans les films américains) comme si les impacts des balles nous projetaient à des kilomètres. Au bout de quelques jours, couverts de bleus, mais toujours sourire au lèvres (comme les mômes : « même pas mal »), les sourires narquois avaient disparus, même si personne n’était dupe ! Surtout que J.P. était un brin drôle, toujours une connerie à dire et souvent bien à propos, ce qui nous a sûrement bien aidé à être intégrés… !
Comme le dit Kinou, l’année 67 pour la VPR ce sera une année extraordinaire. Rien que les chiffres de fréquentation feraient envie à bien des activités de spectacles. Mais plutôt que d’égrener des souvenirs que tous ont vécu, surtout ceux qui ont vécu la Vallée et ce pendant plusieurs années, je préfère par petites touches, me souvenir de l’attaque du train, où nous emmenions quelques donzelles prisonnières pour un temps, pas toujours farouches et pour la plupart pas effarouchées du tout ! Le tournage du fou du Labo 4 mérite à lui seul un récit complet, surtout pour votre serviteur puisqu’il fut l’occasion de rencontrer des « vrais cascadeurs » du cinéma et de la télé…, qui seront les détonateurs de mes 30 ans à venir !
Deux petites précisions sur le récit de notre ami Kinou, mon envie de mise en scène a commencé à la Vallée, avec la création d’un super moment : tous les dimanches, à la représentation de 16 heures, tous participaient à : Zarapa (en hommage à Zapata), même les serveurs de la Cantina, les guichetiers quittaient les guérites et nous nous retrouvions à 40 quelques fois plus à participer à cette représentation, idée reprise par André Cagnard et son équipe de cascadeurs professionnels, lors d’une soirée événementielle pour une marque de voiture ; quant Philippe Cart Tanneur, il a quitté la Vallée fin août/début septembre et c’est Champagne qui a pris le poste de directeur, homme charmant mais à mon humble avis assez incompétent, ce qui entre autres choses à provoquer notre départ ! Et Pour Philippe (Cart Tanneur) et Motu (Robert Motura) Jean.Pierre et moi les avons retrouvé comme directeurs à « Robinson Village » village western de la banlieue sud de Paris où J.P et moi avons été bombardés directeurs artistiques et cascadeurs… voire hommes de peine ! Mais cet échec commercial fut une courte mais géniale aventure… ! Aventure dans laquelle j’avais eu la bonne idée de faire venir un Tourangeau (Jack Launay) et ses Desperados, qui pendant une partie de l’hiver 67/68 se pelèrent de froid dans les chambres sordides de Robinson !
Comme le dit (encore) Kinou, l’Histoire de la Vallée mérite largement un livre mais quelque chose qui soit à la hauteur de ce que nous avons connu. Car ce qui m’intéresse, c’est le creuset qu’à été ce parc d’attractions : comment oublier les réussites de ceux qui sont passés par la Vallée ; je n’aime guère le mot réussite, car cette dernière est toujours très relative, par rapport à qui, par rapport à quoi ? A tout seigneur tout honneur, il n’est plus besoin de présenté Mario Luraschi, qui malgré la notoriété acquise ne semble pas avoir oublié l’époque où il faisait la danse du soleil sur un tout petit podium… Mais il n’est pas le seul, Jean-Marc Diamedo devenu un directeur de production à la Télé, deux des responsables du fort et des chevaux : Guy Duponchel devenu un cavalier d’équitation western de haut niveau qui avec les frères Blanc-Dumont, Michel et Dominique a ouvert la voie de cette équitation western, reconnue maintenant par la Fédération et ceux-là ont permis à de plus jeunes cavaliers comme Franck Perret (le fils de Mick, créateur du Montana Ranch et fidèle ami des cow-boys et indiens de la Vallée) de faire partie de l’équipe de France et Jean-Charles Andrieux dit Charly devenu un cavalier et homme de spectacle de haut niveau et pas seulement dans son fief du Lubéron ; Gérard Naprous parti faire les beaux jours de tournois en Angleterre et qui a participé à de nombreux films ; Kinou, cavalier, présentateur et clown (un des premiers si ce n’est le premier à soigner par le rire les mômes dans les hôpitaux), un des tout premiers arrivé à la Vallée Ninou Braquet devenu un cascadeur tenant d’un beau palmarès tant au niveau des tournages que de ses prestations dans des Cabarets prestigieux en France et ailleurs ; idem pour mon pote Jean-Pierre Renault, devenu un incontournable de l’équipe d’Yvan chiffre, au moins pendant un temps avant qu’il ne préfère occuper un poste directorial à Barcelone pour une grand marque de crayon bille. Yvon (de) Montgiron fan de John Wayne et devenu de temps à autre un (bon) photographe qui a commis quelques articles médias avec Georges Branche responsable des cascades et du dressage des chevaux à la Mer de Sable (fausse concurrente de la Vallée) Le créateur de ce site Paul Pittet auquel il faut adjoindre sa femme Annie, plus branchés commercial qu’artistique mais dont le nom est connu non seulement dans notre pays mais dans pas mal de pays voisins et ce jusqu’aux Etats-Unis… Jack Launay qui grâce à Gaïa Bécaud et à Dick Rivers, les deux en temps que producteurs a fait de très bons vinyles, eh oui c’était l’époque des 45 T et qui de nos jours va jusqu’à Londres faire ses concerts. Sans oublier une figure de légende que je connaissais depuis mon adolescence (nous étions du même quartier : le 13) le Sheriff Dad ; Je vais, non volontairement, en oublier quelques-uns qui n’eurent pas la chance ou la tranquillité d’être médiatisé et ne démérite pas pour autant, surtout que certains choix, dans la vie ne sont pas toujours simples à faire.
Quant à votre serviteur, avant de devenir auteur de roman (je ne mets pas de « s », car, à ce jour seul mon premier roman est paru), je suis entré « en cascade » et ce pendant près de 30 ans, avec 250 tournages et environ un millier de spectacles équestres (dont la majorité était des spectacles moyen âge !). Mais après être entré au sein d’une équipe prestigieuse de cascadeurs en 68 (celle de Claude Carliez), mon premier gros film en tant que metteur en scène action, était un western avec Maria Schell à Almeria où j’ai tourné aussi avec Sergio Leone… Puis ce fut en tant que Régleur et cascadeur les Pétroleuses en 71 toujours un western !
Je voudrai terminer en rendant hommage à tous ceux que j’ai connu, ceux qui ne sont plus
là, ceux perdus de vue, car ils avaient un avantage sur une bonne partie de la population, ils faisaient ce qu’ils aimaient, ce qui n’est pas donner à tout le monde, c’est même d’un luxe extrême
de nos jours et surtout, ils respectaient l’étymologie du mot « amateur » celui qui aime, car hélas on voit de plus en plus des représentations merdiques de quelque style que ce soit,
où les amateurs sont synonymes de médiocres, ce qui finira par provoquer la mort de certains spectacles vivants, catégorie de plus en plus difficile à monter parce qu’onéreuse, mais la qualité à
un prix ! Pas de nostalgie du style « ah ! C’était le bon temps ! ». Je crois que nous tous, à jouer aux cow-boys et aux
indiens, on restera jeunes éternellement !
Jacques Hantonne.
Une Photo du Fou du Labo
4. 